Fall

Je te crois.

Bon, je crois que je rechute là en fait…

J’ai repris mes anxiolytiques il y a quelques jours, j’en ai vraiment besoin, les exercices de respiration c’est bien mignon mais ça suffira pas à me calmer. Je cogite jour et nuit sans m’arrêter une seconde et ça m’empoisonne, je sens mon cœur s’affoler, je sens ce poids oppressant sur ma poitrine lorsque je pose la tête sur l’oreiller, je crains les couchers parce que je redoute davantage les réveils au lendemain avec des idées tristes et angoissantes qui déterminent ma journée, ma semaine… J’appréhende mon éternelle improductivité...
Je commence à faire de grosses insomnies, ça fait trois jours que je ne dors pas, il y a bien un moment où la fatigue se fait ressentir mais je ne m’endors pas. Cette nuit je me suis observée dans le miroir de la salle de bain, mes joues se sont un peu creusées mais surtout mes yeux sont étrangement devenus très ronds et sombres, j’avais en fait les pupilles extrêmement dilatées et elles le sont encore un peu maintenant. J’ai de nouveau envie de pleurer pour un rien et j’aimerais mettre ça sur le compte de mes hormones mais mes règles sont passées et ont chassé mon syndrome prémenstruel bien avant ça, c’est juste un état d’esprit permanent et profond, je suis malheureuse...
J’ai repris un des derniers comprimés d’antidépresseurs qu’il me reste alors que je n’en ai plus touché depuis quelques mois et je sais très bien que ça nécessite du temps pour faire son effet mais je l’ai quand même pris au milieu d’une nuit où je tournais en rond dans l’appart. Étant fatiguée je n’avais pas les idées bien claires et j’ai pris la mauvaise plaquette, je voulais l’Escitalopram et à la place j’ai pris le Séroplex, le tout premier qu’on m’a prescrit et qui ne me convenait pas.
Résultat : j’ai des nausées en permanence et le Vogalène ne les soulage pas.

Je fais n’importe quoi.

J’ai aussi remarqué une perte d’appétit, il y a quelques jours j’ai eu le sentiment de ne plus beaucoup ressentir le plaisir de manger, ça deviendrait presque une corvée de devoir s’alimenter ! Je ne comprends pas comment je peux penser des choses pareilles alors que j’ai toujours été une « bonne vivante » et maintenant la simple idée de manger m’indiffère et aucun aliment ne m’attire. Je grignote quelques M&M’s que m’a ramenés Monsieur mais je n’en ai même pas vraiment envie et en suis vite écœurée. Je ne sais plus identifier la faim.

Ça va faire plus d’un mois que j’ai proposé à cette « amie » de faire un truc avec moi, histoire de nous rapprocher, de nous donner l’occasion d’être de vraies amies et je n’ai pas eu de nouvelles depuis des semaines… D’un sens je suis vexée, je pense que si elle m’appréciait vraiment comme elle le prétend elle se rendrait disponible, certes elle travaille énormément et a peu de jours de repos mais je sais très bien que ça ne l’empêche pas pour autant de voir ses amis et son copain, puis d’un autre, je pense, même si c’est avec un peu d’amertume, que c’est une bonne chose que nous ne nous rapprochions pas tant que ça. J’ai toujours été claire avec tout le monde sur le fait que je n’aime pas cette région, que je n’y ai pas atterri par choix et jamais je n’y resterais et je n’ai pas l’intention de revenir séjourner ici de temps en temps une fois que je serai repartie dans le Sud alors à quoi bon me créer des attaches ? Je n’en veux aucune ! Je voulais juste un semblant de vie sociale… J’en ai besoin, je ne peux pas l’ignorer, je suis humaine, il m’est forcément nécessaire de sortir de chez moi et d’avoir de la compagnie, surtout féminine… C’est très dur de ne plus avoir de meilleure amie avec qui tout partager, c’est aussi probablement ça qui contribue à creuser un fossé entre Monsieur et moi, il ne peut pas tenir tous les rôles à lui seul, ce ne serait pas normal et ça ne peut pas me suffire.
Du coup je pense à cette fille tout le temps sans attendre de message de sa part et à force de réfléchir je crois que je n’ai pas besoin que nous devenions de très proches amies, vraiment ça me va, c’est juste que je me sens tellement seule… J’ai besoin d’avoir quelqu’un dehors qui me fasse sortir de ma grotte et oublier ma « vie » de temps en temps et surtout qui ne parle pas que de son travail, ma santé mentale en a besoin.
Je veux juste un semblant de vie normale…

J’ai participé à une enquête sur le consentement sur Instagram hier soir (@Noustoutesorg) j’ai répondu à des questions telles que :
« _Un partenaire vous a-t-il déjà menacé (explicitement, par sous-entendu ou sur le ton de l’humour) d’aller voir ailleurs ou de vous quitter si vous n’acceptiez pas un rapport sexuel ?
_Avez-vous déjà réalisé certains actes sexuels (inhabituels pour vous) parce qu’un partenaire vous a mis la pression ou vous a mis devant le fait accompli ?
_Un partenaire vous a-t-il déjà imposé un rapport sexuel non protégé malgré votre désaccord ?
_Un partenaire a-t-il déjà réalisé un acte sexuel hors pénétration pendant votre sommeil sans votre accord préalable ? ».
Les questions étaient nombreuses mais l’enquête plutôt rapide et j’ai majoritairement répondu : « oui on m’a fait ça », « non j’étais pas d’accord », « oui avec un ou plusieurs anciens partenaires et aussi mon partenaire actuel »... Je me croyais plus ou moins détachée de tout ça jusqu’à ce que s’affiche un encadré violet dans lequel était écrit : « Je te crois. Tu as bien fait de m’en parler. Tu n’y es pour rien. Le coupable, c’est lui. Il n’avait pas le droit, la loi l’interdit. » et alors j’ai presque eu les larmes aux yeux… Comme je l’ai dit dans ma story Instagram, chaque fois que j’y pense, que j’en parle, que je l’écris, les souvenirs deviennent toujours plus vifs et surtout plus violents, ça m’empêche de les minimiser, de m’en défaire...
J’ai lu quelque part des femmes déclarer la claque qu’elle se prennent en réalisant ce qui leur est arrivé, toutes ces questions font remonter beaucoup de choses et nous font prendre conscience de ce que nous avons subi, de ce que nous ignorions jusque-là...
Il y a un soir où j’ai réussi étrangement à avoir une discussion avec Monsieur sur le fait que je ne veuille plus avoir de relation sexuelle de quelque nature que ce soit depuis très longtemps, il m’a sorti que je peux lui répéter tant que je voudrais que ça ne vient pas de lui ça ne change rien aux faits, il a raison, il a joué un rôle là-dedans, les attouchements, les messages de drague avec sa collègue*, la nana qui l’a embrassé dans sa voiture**...
J’y réfléchissais déjà quelques jours plus tôt et je m’étais demandé comment je peux vouloir coucher avec quelqu’un qui m’abuse et trahie ma confiance ? Eh bien je ne peux pas.
J’ai longtemps cru que ça ne venait que de moi seulement parce que ça se passe en moi...
Ce n’est qu’une partie du problème cependant, le fait que j’ai pris du poids me gène énormément, m’handicape presque, je ne suis et ne me trouve pas repoussante, bien au contraire, mais je me sens pourtant très mal dans mon corps, je ne m’y sens plus à l’aise, pas chez moi, comme si ce n’était pas le mien et par conséquent le moindre contact physique me dérange, je ne veux plus ressentir mon propre corps.

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* J’ai travaillé avec cette fille et j’ai toujours entendu parler d’elle, nous étions amicales l’une envers l’autre mais jamais vraiment proches.
** Monsieur a rencontré un soir une nana qui avait fait la route depuis une grande ville jusque dans son petit village soit-disant pour des clopes…

Comme j’ai besoin d’avoir ces deux histoires dans mon journal j’en parlerais plus en détail dans d’autres pages.