Fall

« Hey!!! message us to become a brand rep »

J’ai peur, j’ai vraiment très peur. Je crains la rechute.

Actuellement je ne suis toujours pas sortie de ma dépression et depuis plusieurs semaines je ne prends plus le moindre traitement car je ne suis pas retournée voir le psychiatre vers lequel on m’avait orientée il y a des mois et je n’ai plus d’ordonnance valide. Je suis en plein bras de fer mental avec ma maladie, j’essaie de tenir sans comprimé et ça marche plus ou moins… Pour combien de temps avant de que je ne me re-trouve à la frontière de la tentative de suicide ?
J’en ai plus qu’assez d’osciller comme ça, soit je m’en sors, j’avance, je me lance dans mes projets et je défonce tout sur mon passage (dans le bon sens du terme), soit je prends « la porte de sortie » définitive, plus aucune souffrance, plus aucune larme, plus aucune pensée, le néant, la paix éternelle…

Je me suis lancée sur Instagram.

Dire, écrire, lire, penser cette phrase… Ça fait un drôle d’effet !

J’ai posté peu de contenu, j’ai peu d’abonnés, de commentaires, de « likes » et on me propose déjà de devenir une représentante de marque. Je me suis sentie flattée je l’admet ! Pourtant je ne mesure pas mon amour propre aux nombres qui s’affichent sur mon écran, j’ai même un compteur de visites mais ça ne me fait ni chaud ni froid, je n’ai jamais eu pour ambition d’être une « Influenceuse » sur les réseaux sociaux, je ne suis pas attirée par la célébrité, au contraire je la crains… Si j’attire l’attention avec ce que je publie je serai contente tout de même car je sais que ce ne sera pas pour moi que l’on s’abonne mais pour le féminisme que je partage, on ne peut voir mon visage uniquement sur ma photo de profil et encore, je suis masquée par des filtres superposés, et coupée en deux pour faire entrer une autre image dans le cadre : un fond bleu, symbole de soutien aux victimes du Soudan...
Les abonnés tombent au compte-goutte, j’en ai moins de deux-cents pour le moment et j’en suis satisfaite, je n’ai pas à modérer les commentaires, à y répondre, à débattre avec des abrutis, je ne me fais pas harceler de messages… Et je n’ai pas d’image de personnalité publique à gérer, c’est ce qui me plait le plus, je n’ai pas la contrainte de dépenser de l’énergie que je n’ai pas, on ne fait pas de scandale avec mon nom, je n’ai pas de nom, tout simplement. Je crains pourtant que cela ne change un jour, si ça devait arriver je pense que je clôturerai mon profil, il n’est pas question que l’on m’enchaîne dans ce système.
Et c’est probablement aussi pour ça que je n’ai fourni que pour seule réponse « I’ll think of it, thanks !  » lorsque l’on m’a proposée de représenter une marque, je n’ai pas pour ambition d’inciter à consommer, ça va à l’encontre de mes valeurs écologiques et si je devais inciter les gens à dépenser leur argent -si tant est que j’ai de l’influence sur eux, moi la petite anonyme derrière son écran- ce serait pour faire des dons à des associations altruistes et bienveillantes, oui nous sommes en 2019 mais il y a toujours au travers du monde entier des enfants qui meurent de faim, des enfants qui travaillent, des enfants maltraités par leurs parents, des petites filles qui ne vont pas à l’école et qui sont mariées de force, des femmes qui se font violer, mutiler, tuer… J’estime qu’il devrait y avoir d’autres priorités dans la vie, si je devais influencer des gens je le ferai dans cette optique plutôt que de les inciter à acheter des vêtements mais si jamais les bénéfices étaient profitables à des personnes ou des animaux dans le besoin et/ou à l’environnement, je me laisserai alors peut-être tenter…

En attendant je ne poste sur Instagram que pour dénoncer des paroles et attitudes que j’estime inadmissibles, blessantes, sexistes, racistes, misogynes… Et j’espère surtout faire changer de point de vue toutes les personnes assez peu renseignée sur le sujet qui croient qu’il s’agit d’un mouvement castrateur et matriarcal, comme de nombreuses et nombreux féministes, j’en ai assez de perdre de mon précieux temps à devoir me justifier et expliquer que nous voulons l’égalité, par la guerre des sexes plutôt que de faire avancer la cause pour que nous puissions jouir de nos droits humains.