Fall

La suite

Par où commencer ? Tout se mélange dans ma tête, passé, présent, futur...
Je me mets à rire bêtement et je pleurs à la fois, cette bartholinite est un véritable choc autant sur le plan physique qu’émotionnel.
Néamoins, je vais tenter de reprendre les choses où je les ai laissées hier-matin…

Après avoir été éconduite par les secours j’ai écrit un statut sur Facebook dans lequel j’ai demandé de l’aide, désespérée… J’ai eu beau essayer de me convaincre qu’il ne faut pas avoir honte de son corps et des maux dont il peut souffrir, je suis tout de même restée évasive sur la teneur de ma blessure.
Puis m’en suis mordu les doigts au vu des réactions que j’ai suscitées.
Une vague de messages inquiets a déferlé sur l’écran de mon portable, je ne savais pas à qui répondre en premier ni comment expliquer la situation et enfin l’angoisse et la fatigue mêlées à la douleur continue ont eu raison de moi… J’ai rouvert les yeux aux alentours de midi et ai accepté que ma belle-sœur envoie son petit-ami me chercher en sortant de son travail à 13h.
J’ai eu tout le temps de descendre les escaliers à l’allure d’un escargot et lorsqu’il m’a trouvée sur le parking, l’expression grave de son visage m’a fait un drôle d’effet. J’avais toujours eu l’habitude de le voir souriant et blagueur avant aujourd’hui.
Il s’est excusé en voiture pour les secousses.
Arrivée aux urgences bondées de monde, c’est avec beaucoup de gêne que j’ai expliqué la raison de ma venue et la femme face à moi est restée bête un instant : "Une quoi ? C’est quoi ça, une bartholinite ?" Et ouais meuf ! La bartholinite ne touche que 2% des femmes et il a fallu que ça me tombe dessus, moi-même avant ça je ne connaissais pas ce mal ! En revanche son expression et son attitude n’ont pas été des plus agréables, j’ai bien deviné que ça ne lui a pas fait plaisir de voir encore quelqu’un arriver aux urgences, d’autant plus qu’il y a eu beaucoup de monde cette nuit, une amie aide-soignante qui travaille à l’hôpital m’a rapporté avoir entendu dire que c’était apparemment la folie dans ce service et qu’ils attendaient impatiemment la relève de 7h. C’est malheureux mais lorsque l’on choisit de travailler dans ce milieu il faut s’y attendre… Je comprends qu’elle se soit sentie submergée par la charge de travail mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’une raison valable pour lever les yeux au ciel et souffler lorsque des gens viennent réclamer de l’aide pour leurs souffrances, surtout lorsque ces derniers se montrent calmes et polis, dans l’autre sens j’ai aussi estimé que cela ne justifiait pas d’insultes et autres accès de colère.
La violence engendre la violence.
Cette femme s’est donc débarrassée de nous en nous envoyant au premier étage au service maternité. Jamais de ma vie je n’avais vu tant de femmes enceintes à la fois ! Une sage-femme (je présume) nous a fait patienter en salle d’attente pour futurs pères près des salles d’accouchement après m’avoir demandé par précaution si j’étais enceinte moi aussi. À cette même date il y a trois ans c’était effectivement le cas, là-dessus aussi j’en ai des choses à dire...
Cinq minutes ont donc passé… puis dix… Quinze… Vingt… Trente… Cette foutue douleur, elle, me donnait l’impression d’attendre des heures. Des couples allaient et venaient dans tous les sens, une femme était même prise de contractions, on l’avait envoyée dehors avec son compagnon marcher un peu pour aider le travaille à commencer, leur bébé est probablement parmi nous à l’heure où j’écris toutes ces choses, j’espère qu’ils vont bien.
Mon ami et moi n’osions même pas regarder l’heure donc je ne saurais dire au bout de combien de temps d’attente, j’ai soufflé un amer "te dépêches pas surtout..." qui n’a pas échappé à la sage-femme rencontrée plus tôt qui passait devant la salle au même instant, je me suis sentie bête d’avoir dit ça, même à voix basse. Elle a alors fait demi-tour et nous a demandé, comme si de rien n’était, si nous avions "les étiquettes", une paperasse dont nous ne disposions évidemment pas et nous a donc renvoyés au rez-de-chaussée pour se faire admettre administrativement aux urgences gynécologiques. Pour résumer cet épisode, tous les bureaux se sont renvoyés la balle en nous faisant courir dans tous les sens et nous sommes remontés sans ces maudites étiquettes. Ah, et je tiens à ajouter qu’un type nous est passé devant alors que nous attendions de longues minutes derrière un couple très peu pressé et qu’une vieille dame est entrée après lui sans prêter attention à qui que ce soit et a elle aussi tenté de forcer le passage pour passer en priorité.

Je ne pense pas avoir autant serré et grincé des dents de toute ma vie !

Une gynécologue a fini par montrer le bout de son nez et s’est présentée sous un nom qui m’a aussitôt échappé contrairement à son délicieux accent puis a disparue dans l’ascenseur sans nous donner plus d’indication sur la suite des événements. S’en est alors suivie une autre longue attente jusqu’à ce que la sage-femme revienne vers nous pour enfin nous conduire jusqu’à son cabinet au rez-de-chaussée.
Encore de l’attente puis enfin, les choses sérieuses ont commencé.

J’avais à peine franchi le seuil de la porte que la doctoresse, le combiné du téléphone collé à l’oreille, m’a appelée à enlever le bas dans la petite salle-de-bain au fond de la pièce sur ma droite et à m’installer pour l’examen. Tous les gynéco que j’ai rencontrés jusqu’à présent ont eu cette manière de ne pas perdre de temps en m’incitant immédiatement à tomber la culotte, j’ai toujours trouvé ça très brusque...
Pleine d’anxiété, j’ai laissé mon regard vagabonder dans tous les sens, je ne trouvais rien à quoi me raccrocher alors j’ai dû puiser en moi la force nécessaire pour traverser cette épreuve. Mon problème lui a sauté aux yeux, le diagnostic a été instantané puis elle a alors préparé une seringue pour m’anesthésier localement. Ai-je précisé que j’ai peur des piqûres ? J’étais "contente", j’avais eu ce que je voulais sans même l’avoir demandé, l’auscultation se faisait par une femme, mon ami ne m’avait pas suivie dans le cabinet et j’étais anesthésiée localement donc je pouvais avoir conscience de ce que l’on me faisait.
Je suis très sensible à la douleur en temps normal, j’ai donc presque regretté mon souhait d’une anesthésie locale lorsque l’aiguille est entrée mais encore bien plus lorsqu’elle a sorti cet ustensile à usage unique qui ne quitte plus mon esprit… Dès que je l’ai vue dans sa main gantée, cette lame piquante et pointue, il s’est produit dans ma tête une réaction que je ne saurais décrire, je parie que j’ai changé de couleur à ce moment-là… Elle a tenté de m’ouvrir avec et m’a arraché de grands cris de douleur. On m’a entendue dans toutes les pièces alentours et elle s’est répandue en excuses. Je ne parvenais plus à contenir mes larmes, elles m’inondaient le visage et je ne pensais qu’à garder les jambes bien éloignée de ma gynéco de peur de lui envoyer un coup par inadvertance en me crispant. Elle m’a donc refait une anesthésie après avoir ouvert et pressé la zone mais ça ne changeait rien, je gémissais entre mes sanglots et me remettais à crier lorsque je la sentais appuyer plus fort ou percer à nouveau. Je lui ai même demandé pardon pour l’insolant "putain" qui m’a échappé sous l’effet de la douleur, je regrette encore d’avoir eu ce langage alors que je m’étais jurée de me modérer dans mes paroles quelle que soit l’intensité de mes souffrances...
Elle aussi s’excusait encore alors que je lui ai soutenu ne pas lui en vouloir, c’était mon corps qui me faisait mal, elle ne pouvait pas en tenir la responsabilité, ce n’est pas elle qui a fait apparaître ce kyste ! Puis en me voyant relever la tête elle m’a lancé un "ne regardez pas !", j’ai cru que ces mots allaient me faire défaillir… Je m’étais forcée à tenir le coup à la vue de son ustensile qui promettait davantage de douleur de par son aspect alors il n’était pas question que je rompe les rangs sur ces paroles ni même en la défiant de jeter un coup d’œil à ce qu’elle était en train de me faire !

"Vous êtes très courageuse, très très courageuse".
Elle me l’a répété à plusieurs reprises et je n’y crois toujours pas mais au moins j’ai essayé d’en donner l’air, de contrôler ma respiration, pas question de rester dans cet état, je ne suis pas masochiste. Un prélèvement du liquide accumulé dans mon corps à envoyer au laboratoire de bactériologie plus tard… Et elle m’aspergeait de bétadine. Comme au début de l’examen, elle m’a subitement dit d’aller me rhabiller et de la suivre jusqu’au bureau pour la prescription d’un traitement. J’avais toujours mal mais pouvais enfin avoir une démarche plus ordinaire et m’asseoir plus ou moins bien sur une chaise. Elle a dû intervenir pour les fameuses étiquettes alors que ça ne relève pas de son travail et a envoyé le copain de ma belle-sœur le faire pour nous tout en m’ordonnant de rester assise et de me reposer après ce que je venais de subir alors que je le suivais sans même m’en apercevoir.
En attendant son retour dans le cabinet elle m’expliquait la posologie de toute la batterie de médicaments à aller chercher en pharmacie.
_"[...] Vous avez quel âge ?"
_"22 ans."
Elle a esquissé un large sourire. Tout le monde réagit de cette manière quand je réponds, on doit voir en moi une petite jeunette mignonne et insouciante.
Pour changer on nous a encore fait attendre environ une heure avant de pouvoir repartir avec un rendez-vous pour le 18 où j’aurais également les résultats de mes analyses, je suis angoissée...
Chaque personne à qui nous avons eu à faire nous a pris pour un couple, la gynéco nous a parlé de préservatifs renforcés qu’elle va me prescrire la prochaine fois… C’était très gênant, je n’ai même pas osé lui dire que ce n’était pas nécessaire, je suis plus ou moins abstinente sur le plan sexuel, j’ai hésité une seconde à lui avouer que je n’ai plus eu de rapports avec mon copain depuis… Mai dernier ? Ma libido est en chute libre depuis presque un an, mais ça, personne dans notre entourage ne le sait et je ne me voyais pas admettre que mon couple va aussi mal à mon ami assis sur la chaise juste à côté. L’heure n’était pas à ce type de révélations.
Avant que je n’obtienne mon rendez-vous durant cette dernière heure, mon "beau-frère" m’a trouvée très pâle et m’a proposé d’aller me chercher quelque chose à manger, je ne me sentais pas la force de me chamailler avec lui en refusant alors j’ai accepté quelque chose à boire, j’étais desséchée et avais la nausée du fait d’être à jeun en vue d’une éventuelle visite au bloc opératoire. C’est avec une petite bouteille d’Ice Tea qu’il est revenu, "je crois que t’aime ça non ?", j’ai trouvé l’attention très mignonne, en voilà un qui me connaît mieux que je ne le pensais !

On a fini par atterrir à Mcdonald’s où j’ai très peu mangé mais l’atmosphère était déjà plus détendue, c’était un grand soulagement de ne pas avoir eu à rester au-delà de l’après-midi dans cet hôpital après tout ce temps passé à m’imaginer alitée dans une chambre que j’aurais partagée avec quelqu’un d’autre que je n’aurais peut-être même pas apprécié…